L'éxécution de Mandrin

Le 26 Mai 1755, place des Clercs à Valence

Il y a 257 ans sur la Place des Clercs à Valence, Louis Mandrin montait sur l’échafaud pour y être exécuté... Voici le récit de l'une des exécutions les plus célèbres de l'histoire de France.

La capture de Mandrin

Lieu de la capture de Mandrin

Château de Rochefort en Novalaise au début du XXe siècle, Lieu de la capture de Louis Mandrin

Pourchassé par les fermiers généraux, insatiables collecteurs d'impôts de l'Ancien Régime, Mandrin est capturé dans la nuit du 10 au 11 Mai 1755 au Château de Rochefort en Novalaise (Savoie) et ammené à Valence.

Les Valentinois vont découvrir un être plein d'esprit et de répartie au cours d'entrevues organisées par groupe de cinq personnes dans sa cellule.

Récit de la capture de Mandrin en vidéo

Le tribunal de Valence

Mandrin dans sa cellule de prison à Valence

Mandrin dans sa cellule de prison à Valence

Valence est depuis 1733, le siège d'une juridiction d'exception de mauvaise réputation :

"La commission de Valence" que Voltaire décrivait comme étant un des fléaux de l'humanité. Celle-ci condamna en 1755, le célèbre contrebandier à être roué de coup à vif et étranglé sur la Place des Clercs.


L’exécution de Louis Mandrin

Exécution de Mandrin à Valence

L’exécution de Mandrin est l'une des plus célèbres de l'Ancien Régime et a sans doute contribué à faire grandir le mythe alors en formation.

Le jugement est rendu le samedi 24 Mai 1755 dans la soirée. Le lendemain étant un dimanche, il faudra attendre Lundi 26 Mai 1755 pour que le greffier lui lit son arrêt de mort. L’exécution aura lieu dans la foulée.

Il est environ 17h lorsque Mandrin sort de prison. Il y a du monde jusque sur les toits.
On peut même louer même pour douze sous les gradins construits spécialement pour l'occasion.
Des patrouilles ont été placées dans les rue de Valence et les portes de la ville sont fermées !

Supplice de la roue

Mandrin est nu en chemise, la corde au col, il porte un écriteau sur lequel il y a écrit en gros caractères Chef des contrebandiers, criminels de lèse-majesté, assassins, voleurs et perturbateurs du repos public, et tenant en ses mains une torche de cire ardente, du poids de deux livres. Tout en gardant cet air fier et aussi martial qu'il avait lorsqu'il se battait, il s'agenouille devant la cathédrale de Valence et dit alors : Je demande pardon à dieu, au roi et à la justice, de tous mes crimes et attentats...

Louis mandrin est ensuite conduit à la place des clercs de Valence où est dressé l’échafaud.

On lui donne de l'eau de vie, ainsi qu'au confesseur qui s'évanouit. Puis il endure sans un cri d'avoir «les bras, jambes, cuisses et reins rompus vifs[...] mis ensuite sur une roue, la face tournée vers le ciel pour y finir ses jours». sur avis de l’évêque de Valence, sensible à son repentir, le juge ordonne au bourreau de l'étrangler au bout de huit minutes. Son corps est accroché au gibet. Ses biens sont «confisqués au roi», dont dix milles livres vont dédommager la Ferme et payer le procès.

Le jour de son exécution une foule innombrable se pressera Place des Clercs. Son corps fut exposé après sa mort durant trois jours et tel des pèlerins de nombreuses personnes accoururent pour lui rendre un dernier hommage tant sa popularité s'était accrue.

La mort de Mandrin sur la roue de Valence marque la fin de ses agissements mais aussi le début d'une légende tant l'homme marqua les esprits de ses contemporains.

L'instrument de torture utilisé pour l'éxécution de Mandrin

Le supplice de la roue est le chef d’œuvre de cruauté réservé aux homicides de lèse-majesté.


La mort de Mandrin vue par ses contemporains

Le curé Jean Baptiste Violier nous montre combien le peuple aimait le « capitaine des Contrebandiers de France ». Il voit déjà, en 1755, un message politique à l’action de Mandrin. Il n’hésite pas à critiquer les Grands :

Mandrin a volé les puissants de l’époque et a été puni alors que ces puissants dépouillaient le peuple en toute impunité. 1755

Le grand Mandrin est expiré à Valence, au milieu de cette année, entre ciel et terre.

Ce fut pendant des jours un fameux pèlerinage, le corps brisé de Mandrin exposé aux fourches patibulaires, "on y afficha des vers de tout étage et des épitaphes en lettres de sang". En voici quelques-uns :

Passant, raconte à tes semblables Que Mandrin, dont tu vois les os, Par des forfaits inconcevables Fut égal à plus d'un héros, Qu'il régna dans la contrebande, Qu'il mourut sur un échafaud, Que pour la gloire de sa bande Mandrin régna trop tard, ou qu'il mourut trop tôt.

Poseure Moerentes Socii.

ou encore ...

Tel qu'on vit autrefois Alcide Parcourir l'Univers la massue à la main, Pour frapper plus d'un monstre avide Qui désolait le genre humain, Ainsi j'ai parcouru la France, Que désolait mille traitants ; Je péris pour avoir dépouillé cette engence, Je jouirais comme eux d'une autre récompense, Si j'avais dépouillé les peuples innocents.

chansonnier Clairambault

Et des vers anonymes...

Passants, honorez de vos pleurs Celui qui fit la guerre aux vices : Il courait après les honneurs, Il ne trouva que des supplices. Si, pénétrés de ses malheurs, Vous voulez savoir son histoire, Interrogez-en l'Univers, Ou la déesse Mémoire Qui parle dans ce dernier vers : Ci-gît Mandrin, Ci-gît la gloire.

Anonyme

Et l'épitaphe de Mandrin ...

Le Mandrin dont tu vois le déplorable reste, Qui termina ses jours par une mort funeste. Des gardes redoutés, des villes la terreur, Par des faits inouïs signala sa valeur ; Déguisant ses desseins sous le nom de vengeance, Deux ans en pleine paix il ravagea la France. Dans ses incursions, amis des habitants, Taxa d'autorité les caisses des traitants. Lui seul à la justice arrachant ses victimes, Il ouvrit les prisons et décida les crimes, Quoiqu'en nombre inégal, sans se déconcerter, Aux troupes de son prince il osa résister. Plus grand que Cavalier et plus grand que Cartouche, Il ne fut point guidé par cet esprit farouche Qui des grands scélérats annonce la fureur ; Du crime et du carnage il eut toujours horreur. Lorqu'il se crut au port, il rencontra l'orage ; Il fut pris sans pouvoir signaler on courage. D'un oeil sec et tranquille il vit son triste sort. Fameux par ses forfaits il fut grand par sa mort.

Archives

Le document suivant est extrait d'un ouvrage allemand du XVIIIe siècle qui aborde l’exécution de Mandrin.
Merci à Jean-Michel pour la traduction de ce document.




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Traduction du texte en allemand d'époque relatant l'arrestation et l’exécution de Mandrin

... pour partie de cavaliers légers et s'avança jusqu'à St Cemis d'Aoste sans être reconnu; mais dès qu'il apparut dans le village, les paysans donnèrent l'alerte et commencèrent à résister à l'avance des Français. Les Français recoururent à la force, abattirent 15 paysans sur place en blessèrent d'autres et forcèrent le passage si bien que Morlière parvint à Rochefort le 12 mai à 3h du matin. Aussitôt il commença à enfoncer le portail et les portes et comme le bailli du château voulait se défendre celui-ci fut réduit au calme par une balle dans la tête. Un lieutenant avec 20 cavaliers se précipita vers la chambre du contrebandier que suivait 100 hommes et força les portes épée à la main. Mandrin et ceux qui se trouvaient autour de lui saisirent des pistolets et abattirent 8 hommes; mais finalement l'entrée fut forcée et Mandrin, en quelque sorte submergé, privé ici et là de ses soutiens dont il voyait les fusils tomber au sol, finit par se laisser prendre.

Dès que fut survenue la prise principale consistant en la personne de Mandrin et ses trois principaux camarades, Morlière se retira en toute hâte avec ceux-ci et ses troupes et livra ses prisonniers à Grenoble entre les mains de la justice. Le butin de Mandrin de 4000 livres en espèces fut la première récompense des soldats et lorsque Morlière traversa des localités françaises retentirent des cris d'allégresse et des applaudissements.

Dès que le gouverneur du duché de Savoie pour le royaume de Sardaigne fut informé de cette invasion française dans les terres de son roi, il fit sortir la plus grande partie de la garnison de Chambéry pour attaquer les Français et leur faire lâcher leur butin. Mais avant que cela ait pu être réalisé, les Français étaient à Grenoble et il ne resta plus au gouverneur qu'à rendre compte à son roi et attendre des ordres. De fait le Roi considéra cet incident comme une atteinte à ses droits essentiels et fit déposer par son ministre à Paris une plainte réclamant compensation ainsi que la restitution de Mandrin. Cela ne convint pas à la Cour de France : la Sardaigne rompit ses échanges avec la France et ses représentants quittèrent Paris sans prendre congé. Le Roi très chrétien interpréta l'entreprise du colonel Morlière comme un abus dans l'utilisation des troupes royales confiées aux Fermiers Généraux et ne fit aucune difficulté à en témoigner par une ambassade spéciale envoyée à la cour de Turin, il fit également mettre aux arrêts le colonel Morlière et lui fit signifier les marques du mécontentement royal. La capture et le châtiment de Mandrin ne sont pas éloignés l'un de l'autre. Il fut conduit de Grenoble à Valence et c'est là que son procès fut achevé en peu de jours. L'étonnante guerre que cet homme seul menait depuis des années partie contre les fermiers royaux, partie contre le roi lui-même, avait rendu son nom si célèbre que chacun était attentif tant à sa personne qu'à son destin. Il fut très constant dans son malheur. Alors que tous affluaient pour le voir, il disait : Oui mes amis ! Vous auriez du me voir quand cela allait bien pour moi. Et quand on lui demandait quelque chose il répondait avec bonhomie mais aussi perspicacité. Son procès finit le 24 mai et Louis Mandrin, fils d'un marchand de bétail et autrefois maquignon, fut condamné à ce que : dévêtu en chemise, une corde autour du cou et un écriteau sur la poitrine mentionnant "chef de contrebandier, traître, meurtrier, bandit de grand chemin, trouble de l'ordre public" agenouillé devant l'entrée de la principale église de Valence et la tête nue il dénonce ses crimes à haute voix, puis à avoir les bras, jambes, reins et côtes brisés sur l'échafaud, être placé vivant sur la roue puis que, après sa mort, son corps soit pendu au gibet de Valence.

D'abord il voulut accumuler les vices et chasser la peur de la mort par la boisson et l'ivrognerie. Mais l'image effrayante de l'éternité gagna le rebelle tirant son esprit de l'ivresse : ainsi il revint à la religion, battit sa coulpe, regretta ses méfaits et mourut en pleine connaissance et si vive exécration de ceux-ci que ce n'est pas sans compassion que des milliers de gens le virent mourir.

Sur le lieu d’exécution, il exhorta la jeunesse à prendre exemple sur lui. De tous les brigandages qu'il avait commis par milliers, il ne lui restait rien, sauf 6 livres qu'il remit au père Gasparini qui se tenait auprès de lui, pour dire des messes pour son âme, comme il se recommandait aux prières des franciscains. Il reçut 8 coups de barre de fer sur les bras et les jambes et un sur l'estomac. Puis, à la demande préalable de l'évêque et des habitants, il fut étranglé. Les mots qu'il avait prononcés à l'encontre de ses compagnons de malignité et d’exécution car il les voyait pleurer sont remarquables. Mon ami ! disait-il, ne pleure pas, fais meilleur usage de ton temps. Je vais à l'échafaud où tu me suivras aussi. Peut-être seras-tu plus heureux que moi. Il se peut, comme je veux le croire, qu'il y ait un Dieu qui ne laisse pas le mal impuni.

La main de la justice avait été lourde sur cette tête et sur ses compagnons de trafic pris avec lui mais cela perturba peu les brigandages. Les brigands s'étaient trouvé un nouveau chef nommé le Piémontais et, dans la première colère suivant l’exécution de Mandrin, il fit lui même passer de vie à trépas sur la roue quatre soldats du Roi qui étaient tombés entre ses mains. Seulement, après que la Cour de France et le Roi de Sardaigne aient conclu un accord et décidé de s'attaquer ensemble à l'éradication de la contrebande, le Piémontais ne put échapper au bras de deux rois et fut bientôt mené au châtiment.

Alexis Magallon de la Morlière

Alexis Magallon de la Morlière est l'homme a qui l'on doit l'arrestation de Mandrin. Le comte de La Morlière, seigneur de Mardick (du fait de son é...

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Commentaires et annonces (17)

Publié par kacem le jeudi 13 juin 2013 à 23:49

histoire et heros qui a bercé mon enfance

Publié par xerus le dimanche 13 mai 2012 à 12:45

Bonjour à tous,
Je cherche la tombe de Louis Mandrin.
Je ne l'ai pas trouvé. Quelqu'un aurait-t’il des infos ?
merci.

Publié par guy Forget le jeudi 05 avril 2012 à 13:10

Non, très cher ami et musicien, cela ne me rassure pas qu'un malfaiteur ne soit pas pendu, dans ce cas de Louis Mandrin, l'horreur, le supplice de la roue , il aurait mieux valu qu'il fût pendu, plus rapide et moins douloureux.

Votre site est super intéressant, merci. Bisous à l'équipe G L F.

Publié par Jean-Michel DUDAY le vendredi 18 novembre 2011 à 13:54

Bonjour,
Je viens de prendre connaissance avec beaucoup d'intérêt votre page, et plus particulièrement du texte allemand relatant la capture de Mandrin. Je l'ai traduit et vous enverrai volontiers la traduction.

Il se trouve que l'auteur de cette capture est un ancêtre de mon épouse, Alexis Charles de MAGALLON, comte de la Morlière, seigneur de Mardick (1707-1799). Il avait été fait maréchal de camp (colonel) par brevet du 10 février 1746. La défaveur royale évoquée à propos de l'affaire Mandrin ne durera guère puisqu'il sera fait lieutenant général le 25 juillet 1762.

Publié par simone le mercredi 04 mai 2011 à 18:27

je voudrais connaitre le nom du ministre des affaires étrangères qui a eu à gérer le problème du "rapt" de Mandrin en Savoie propre par des soldats de France; cela a sûrement provoqué un problème de relations diplomatiques entre la Savoie, les ducs de Savoie , et le gouvernement français

Publié par perpa26 le dimanche 02 janvier 2011 à 22:10

concernant les chauffeurs de la drôme ces derniers sont enterrés a l'exterieur du cimetière de Valence coté ancien cimetière

Publié par hello le dimanche 19 septembre 2010 à 21:00

En cette journée du patrimoine, j'ai visité le cimetière de Valence et la question de quelqu'un a été la suivante :

-est-ce que l'on sait où les chauffeurs de la Drôme et Mandrin ont été enterrés, après leur exécution ???

Il semblerait en effet qu'ils n'aient pas eu le droit d'être enterrés dans un cimetière, comme tout le monde...

Merci pour votre réponse...

Publié par niconemo le lundi 14 septembre 2009 à 18:12

Au XVIIIe les suppliciés étaient exposés à la vue du peuple sur les fourches patibulaires (parfois en plusieurs morceaux). Ils n'avaient pas droit à une sépulture, pas même sous forme de fosse commune.

Ces fourches patibulaires se trouvaient généralement dans des bas côtés proches, à l'extérieur des remparts. Le même lieu servait de décharge publique où l'exécuteur des basses œuvres (également éboueur de part sa fonction) déposait tout ce que la ville considérait comme insalubre.

Selon les documents, Mandrin n'a pas échappé à ce sort. Je n'ai jamais entendu parler d'un "carré des suppliciés" dans un cimetière à Bourg-Les-Valence au milieu du XVIIIe siècle (le terme lui même est anachronique : apparition postérieure à la Révolution, avec le droit des condamnés à ne pas souffrir et à avoir une sépulture).

On peut imaginer que quelqu'un ait volé ou acheté à l'exécuteur des basses œuvres le crâne de Mandrin, mais chercher une sépulture me parait assez vain. À moins, comme vous le dites, que quelques compagnons…

Mais c'est donner des motivations bien romanesques à des personnages (pratiquement tous savoyards et aux abois, dispersés de l'autre côté de la frontière) qui avaient sans doute bien autre chose à faire qu'à traîner en France, dans les parages de Valence, en ces jours là et qui avaient déjà, pour eux-même, renoncé à toute sépulture chrétienne, espérant seulement que le jour fatal viendrait le plus tard possible et loin du gibet de la commission de Valence (et des tortures qui le précédait).

Publié par e-ultreia le samedi 12 septembre 2009 à 20:00

La question concernant le lieu d'inhumation est trés interessante. Les supliciés possédaient un carré qui leur était consacré. Il semblerait qu'il se trouvait vers Bourg les Valence. Quelqun en saurait-il plus? A moins que les compagnons n'aient récupéré le corps pendu aux fourches patibulaires?

Publié par franck74 le mercredi 02 septembre 2009 à 16:54

Est-ce que Mandrin a une tombe ? Et aussi, il y a une botte au val de fier en Haute Savoie une botte qui lui a appartenu, le restaurant s'appel la botte à Mandrin, vous avez d'autres infos merci.

Publié par niconemo le lundi 17 novembre 2008 à 11:28

En cherchant bien...

En tout cas je recherche toute reproduction d'images d'archive de la place des clercs à Valence autour de cette époque (XVIIIe mais aussi, à défaut XVIIe au XIXe) pour une illustration de l'exécution de Mandrin que je veux la plus historiquement fidèle que possible.

Si vous avez connaissance de gravures, aquarelles, tableaux présents dans des musées, archives, cartes postales, etc., de la place des Clercs à Valence d'avant le XXe siècle... ça m'intéresse !

Je ferai à l'occasion un déplacement aux archives locales mais n'étant pas sur place, toute piste m'économisera un temps précieux.

Je ferai naturellement profiter au forum mandrin.org de la primeur de cette illustration lorsqu'elle sera réalisée.

Merci d'avance.

Publié par webmaster le mercredi 07 février 2007 à 18:40

Il doit bien rester un ou deux témoins valentinois de plus de 250 ans encore vivants parmi vous...

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